Patrimoine de l'île

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De l’industrie au talent artistique

Mais quelle transformation! Granville Island commence à changer vers la fin des années 1970. Cette friche industrielle de 37 acres située dans le secteur de False Creek, à Vancouver, devient l’un des réaménagements urbains les plus réussis en Amérique du Nord.

1886 : les débuts

La petite ville industrielle de Granville fut rebaptisée Vancouver en 1886 après l’arrivée du chemin de fer Canadien Pacifique. À la fin du 19e siècle, le bras de mer False Creek était deux fois plus large qu’aujourd’hui. Ses bas-fonds intertidaux comprenaient deux bancs de sable qu’enjambait le tout premier pont de la rue Granville, un pont branlant, fait de bois (voir photo). Ce sont ces deux bancs de sable qui deviendront plus tard Granville Island. Les enclos naturels qu’ils formaient étaient utilisés par les Premières nations locales pour la pêche. Cependant, un désaccord les oppose aux nouveaux pionniers. Ceux-ci voulaient soit de l’eau assez profonde pour la navigation, soit des terres asséchées qu’ils pourraient acheter, vendre et aménager. Résultat : dans l’atmosphère anarchique du Far West qui régnait à Vancouver au tournant du siècle, ce différend donna lieu à une série de conflits, de saisies de terrains, de conspirations et d’intrigues. Comme personne ne pouvait se mettre d’accord sur un plan et qu’aucun aménagement n’avait été entrepris, les bancs de sable demeurèrent inchangés pendant encore 20 ans.

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Le début du 20e siècle : l’essor industriel

En 1909, on remplaça le pont de la rue Granville, enjambant le bras de mer False Creek, par un nouveau pont, celui-ci en acier. Et en 1915, la Vancouver Harbour Commission approuva un projet de remise en état de 35 acres pour l’île. Après avoir dragué le bras de mer, on retira plus d’un million de verges cubes de remblai que l’on utilisa pour créer la galette de terrain qui se trouve sous le pont de la rue Granville. Au départ, on la baptisa « Industrial Island », mais finalement ce sera le nom du pont qui se trouvait au-dessus qui lui restera. Le coût total de la remise en état en 1915 : 342 000 $. Les premiers locataires de Granville Island travaillaient dans les secteurs d’activité suivants : le bois, les mines, la construction et les agences maritimes.

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B.C. Equipment Ltd. érigea un atelier d’usinage à ossature de bois, revêtu de tôle ondulée, à l’extrémité ouest de l’île. (C’est cette même structure qui abrite aujourd’hui une partie du marché de Granville Island) Dès 1923, pratiquement tous les terrains de l’île étaient occupés par des bâtiments du même genre, des usines qui fabriquaient des chaînes, des tonneaux, des câbles en acier, des clous, des scies, de la peinture, du ciment et toutes sortes de matériel industriel. À son apogée, en 1930, l’île accueillait 1 200 ouvriers qui, pour la plupart, venaient au travail en tramway. Un arrêt spécial, au milieu du pont de la rue Granville, leur donnait accès à des escaliers menant sur l’île.

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Cette poussée industrielle s’arrêta bien sûr avec le commencement de la grande dépression. Plusieurs scieries des alentours de False Creek durent fermer leurs portes et un bidonville apparut. Vivant sur des plates-formes flottantes ou des constructions sur pilotis, les habitants des bidonvilles demeurèrent sur l’île jusque dans les années 1950, période où une alerte à la typhoïde et un meurtre macabre poussèrent la Ville à les expulser.

Pendant la guerre : la survie du plus fort

Les industries du secteur secondaire de Granville Island survécurent à la dépression en insistant pour obtenir des loyers moins élevés et en refusant de payer des impôts municipaux en raison du fait que la Ville n’avait aucune juridiction sur une propriété fédérale. Le litige qui s’ensuivit fut porté jusqu’à la Chambre des lords, à Londres, la plus haute cour d’appel de l’époque. Les locataires n’eurent pas gain de cause, mais la guerre avait déjà commencé en Europe et les marchés industriels dont les usines de Granville Island dépendaient prenaient de l’essor. La demande montait en flèche et c’est ainsi que le second âge d’or de Granville Island débuta. L’île était considérée comme étant essentielle à l’effort de guerre, si bien qu’en 1942, après l’attaque de Pearl Harbor par le Japon, on délivra des cartes d’identité spéciales aux ouvriers de l’île pour empêcher des saboteurs d’y pénétrer.

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L’île sur son déclin : rouille et silence

Après la guerre, on assista à un déclin de la demande en production industrielle lourde. Les scieries et les usines devinrent des bâtiments huileux et sales, à haut risque d’incendie. Jadis un territoire de pêche abondante, le bras de mer False Creek était maintenant un égout toxique. Les fonctionnaires commencèrent à envisager un nouveau plan de remise en état pour remblayer le reste du bras de mer afin d’augmenter la surface du terrain industriel et de faire de Granville Island un terrain enclavé. Le cours d’eau fut sauvé par le coût des travaux projetés pour mener à bien cette remise en état, un prix considérable de 50 millions de dollars. On convertit seulement six acres le long du chenal sud de l’île. Néanmoins, le déclin de l’île était déjà bien amorcé. Les usines succombèrent aux incendies les unes après les autres et leurs propriétaires les délocalisèrent ou bien les abandonnèrent. Les camions remplacèrent les barges et les trains et les industries cessèrent de s’intéresser à cette île exiguë située en pleine ville. Après de longues discussions, des expulsions et des disputes, les fonctionnaires municipaux mirent finalement le cap sur l’avenir : une transformation du site en un endroit accueillant qui serait utilisé à des fins diverses : parc, logements et lieu d’exposition public.

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L’île aujourd’hui : renaissance - réutilisation

Si vous vous promenez à Granville Island aujourd’hui, vous pourrez y voir des traces de ses origines. Le sol sablonneux qui a été déposé depuis des milliers d’années par les ruisseaux qui se déversent dans le bras de mer False Creek est visible autour de certains arbres. Une voie ferrée serpente encore dans les rues pavées et le patrimoine industriel de l’île a laissé son empreinte sur tous les édifices.

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Certains locataires de longue date y prospèrent encore : Ocean Construction Ltd., une usine de béton, se trouve dans la rue Johnston depuis plus de 90 ans. Et Micon Industries, fabricant de forets, s’est installé dans ses locaux de la rue Anderson dans les années 1960.

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Les terrains et les édifices étroits témoignent de la façon dont on concevait l’affectation du sol au début du vingtième siècle. Les terrains d’une largeur de 50 à 60 pieds permettaient aux locataires d’avoir une façade sur l’eau d’un côté de l’île, tandis que le réseau ferré pouvait s’étendre de l’autre côté, sur toute la longueur de l’île, là où se trouvent aujourd’hui les rues.

L’absence de trottoirs et de bordures de trottoirs dégageait le passage, dégageait le passage, permettant ainsi aux camions, tramways et chariots élévateurs de circuler librement.

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De nos jours, Granville Island abrite des écosystèmes qui sont sains et prospères. La nature s’est régénérée avec l’aide du gouvernement du Canada, de la Ville de Vancouver et de promoteurs immobiliers privés. Grâce aux efforts de plusieurs visionnaires, le rêve d’une oasis urbaine au caractère unique est devenu réalité et continuera d’évoluer et de se transformer dans l’avenir.